Six mois. C’est le temps qu’il aura fallu pour que le carburant français traverse un choc initial, une accalmie qui a fait illusion, puis deux rechutes successives, celle du gazole puis celle de l’essence. Entre le blocage du détroit d’Ormuz en mars et le dépassement du plafond TotalEnergies par le gazole ce mois-ci, voici comment on en est arrivé là, mois par mois, et ce que ça change concrètement pour votre budget.
Mars 2026 : le choc du détroit d’Ormuz
Tout commence fin février-début mars 2026, quand l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, dans le contexte de la guerre en Iran et de l’échec des négociations nucléaires de Genève. Ce passage maritime entre l’Iran et Oman fait transiter environ 20 % du pétrole mondial (jusqu’à 30 % selon certaines estimations). L’Agence internationale de l’énergie parle alors de la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier.
Le baril de Brent bondit de 10 à 13 % en quelques jours, autour de 80-82 dollars le 2 mars. La répercussion à la pompe suit en quelques jours à quelques semaines : entre début mars et fin avril, les prix grimpent de 15 à 20 centimes par litre. TotalEnergies instaure un premier plafonnement dès le déclenchement du conflit, puis lance le 13 mars son programme Avantage Carburant, réservé à ses clients énergie. Pour la mécanique complète de ce choc initial, voir notre analyse détaillée du blocage d’Ormuz.
Avril-mai 2026 : la réponse sociale et une accalmie relative
Le 21 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce une indemnité carburant de 50 € pour 2,9 millions de travailleurs modestes grands rouleurs, officialisée par décret le 30 avril. Les demandes ouvrent le 27 mai sur impots.gouv.fr. Le montant sera relevé par la suite pour la période avril-août, une évolution détaillée dans notre article sur l’indemnité carburant 2026.
Les prix se stabilisent en mai autour de 2,03-2,05 €/L pour le SP95-E10 et 2,15 €/L pour le gazole. Une accalmie plus nette suit en juin, portée par des négociations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran : le gazole retombe à son plus bas niveau depuis mi-mars, et le SP95-E10 repasse sous 2 euros, une station sur trois affichant même moins de 2 euros. TotalEnergies laisse filer son plafond, la mesure étant presque passée inaperçue tant les prix baissaient déjà d’eux-mêmes.
Juillet 2026 : la rechute, portée par le gazole
L’accalmie ne dure pas. Dès début juillet, le gazole reprend 10,7 centimes et le SP95-E10 4,3 centimes, avec un bond net le week-end du 8 juillet. Depuis le 20 juillet, les deux carburants repassent au-dessus de 2 €/L, portés par un Brent qui franchit les 95 dollars sur fond de craintes renouvelées autour du détroit d’Ormuz.
Le 22 juillet, TotalEnergies replafonne pour la troisième fois en un an, à 1,99 €/L pour l’essence et 2,25 €/L pour le diesel. Le lendemain, le groupe publie des résultats trimestriels de 4,7 milliards d’euros de bénéfice net, un timing qui n’échappe à personne. Quatre jours plus tard, le 26 juillet, le gouvernement rallonge le délai de dépôt de l’indemnité carburant jusqu’au 30 septembre, initialement prévu fin juillet, face à cette nouvelle poussée des prix.
Mi-août 2026 : le gazole décroche, une pénurie régionale s’ajoute
C’est le pic de la première vague. En six semaines, entre début juillet et la mi-août, le gazole grimpe de 1,899 à 2,210 €/L, soit 31 centimes de plus, quand le SP95-E10 ne prend que 10 centimes sur la même période. Ce n’est pas un simple effet du cours du brut : il s’agit d’un choc spécifique sur le raffinage, avec des capacités touchées de toutes parts et des stocks américains de distillats au plus bas depuis 1982. Le détail de ce décrochage est dans notre analyse de la hausse de 31 centimes du gazole.
Au même moment, un problème logistique distinct frappe l’Alsace : jusqu’à 30 % des stations de l’Est du Rhin se retrouvent en rupture, faute de niveau d’eau suffisant pour les barges qui alimentent une région sans raffinerie propre. Un cas qui illustre que la hausse des prix n’est pas le seul risque qui pèse sur l’approvisionnement.
Pour le dernier grand week-end de départs, les 29 et 30 août, TotalEnergies va exceptionnellement plus loin que son plafond habituel : le gazole est aligné sur l’essence à 1,99 €/L dans 129 stations Relais d’autoroute.
Fin août 2026 : le conflit s’installe dans la durée
Le 24 août, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon annonce sur LCI que l’exécutif travaille à une reconduction des aides carburant et du chèque énergie dans le budget 2027, avant l’expiration du dispositif actuel le 31 août. Cinq jours plus tard, le 29 août, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné confirme sur France Inter que le plafonnement sera maintenu tant que durera le conflit au Moyen-Orient, sans date de fin fixe cette fois, tout en prévenant qu’une taxe sur les superprofits pétroliers pourrait le pousser à y renoncer.
Fait inhabituel à la rentrée scolaire : aucune enseigne (Leclerc, Intermarché, Carrefour, Système U) n’annonce d’opération carburant à prix coûtant, alors que cette période concentre d’ordinaire le plus grand nombre d’opérations de l’année.
Septembre 2026 : le plafond gazole cède, l’essence prend le relais
La reprise des hostilités au Moyen-Orient fin août relance la mécanique. Le 5 septembre, Michel-Édouard Leclerc évoque sur LCI un risque de carburant à 2,40 €/L. Le 9 septembre, le Brent repasse les 100 dollars le baril pour la première fois depuis le 24 juillet, après une reprise des tirs entre les États-Unis et l’Iran, une quasi-interruption du trafic dans le détroit d’Ormuz et des frappes ukrainiennes sur des raffineries russes fin août.
Le 8 septembre, le gazole (2,280 €/L) dépasse pour la première fois le plafond TotalEnergies de 2,25 €/L, un seuil resté purement théorique jusque-là puisque le marché lui était toujours inférieur. La hausse ne s’arrête pas là : à la mi-septembre, le gazole atteint 2,332 €/L, plus de 8 centimes au-dessus du plafond, tandis que le SP95-E10 grimpe à 2,153 €/L et le SP98 à 2,250 €/L. Fait nouveau par rapport aux mois précédents, c’est désormais l’essence qui accélère le plus vite d’une semaine sur l’autre, alors que le gazole avait mené la hausse tout l’été. Le détail de ce basculement est dans notre point du 16 septembre.
L’impact chiffré sur votre budget
Entre le début juillet (gazole à 1,899 €/L) et la mi-septembre (2,332 €/L), le gazole a pris 43 centimes, soit près de 23 %, en un peu plus de deux mois. Sur un plein de 50 litres, c’est déjà plus de 21 € de différence. Pour un rouleur diesel parcourant 15 000 km par an à 6,5 L/100 km (975 litres), l’écart représente environ 420 € sur l’année si le niveau actuel se maintenait.
L’essence a suivi une trajectoire plus lente sur la même période, avec environ 13 centimes de plus depuis début juillet, mais son accélération récente change la donne pour les automobilistes essence, jusque-là relativement épargnés par rapport aux rouleurs diesel.
Face à cette hausse, les leviers disponibles restent les mêmes : le plafond TotalEnergies (1,99 €/L essence, 2,25 €/L diesel, sous condition de rouler près d’une station du groupe), l’indemnité carburant grands rouleurs pour les éligibles (demande possible jusqu’au 30 septembre 2026), et la comparaison systématique des prix avant de faire le plein. Notre guide complet pour réduire sa facture de carburant détaille l’ensemble de ces leviers avec des calculs chiffrés.
Ce qu’il faut retenir
En six mois, la hausse du carburant en 2026 a suivi trois vagues distinctes : le choc géopolitique initial d’Ormuz en mars, un décrochage spécifique du gazole lié au raffinage en juillet-août, puis une accélération conjointe des deux carburants en septembre, portée par la reprise des hostilités au Moyen-Orient. À chaque étape, le marché a réagi plus vite que les dispositifs censés en amortir l’impact, qu’il s’agisse du plafond TotalEnergies ou de l’indemnité carburant. Tant que le conflit reste ouvert, rien ne garantit que cette trajectoire s’arrête là : le réflexe le plus fiable reste de comparer les prix avant chaque plein sur notre comparateur en temps réel, qui référence plus de 11 000 stations mises à jour quotidiennement.
- Gazole2.380 €/L
- SP952.198 €/L
- SP982.252 €/L
- E102.136 €/L
Questions fréquentes
- Le point de départ est le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, fin février-début mars 2026, dans le contexte de la guerre en Iran et de l'échec des négociations nucléaires de Genève. Ce détroit fait transiter environ 20 % du pétrole mondial. Le Brent a bondi de 10 à 13 % en quelques jours, entraînant une hausse de 15 à 20 centimes par litre entre début mars et fin avril.
- Trois vagues se sont succédé : le choc initial d'Ormuz en mars, une rechute du gazole en juillet-août liée à un choc sur le raffinage (frappes sur des sites de production, stocks américains de distillats au plus bas depuis 1982), puis la reprise des hostilités au Moyen-Orient fin août qui a fait repasser le Brent au-dessus de 100 dollars et provoqué l'accélération conjointe de l'essence et du gazole en septembre.
- Oui. Le plafond de 2,25 €/L, maintenu par TotalEnergies depuis juillet, a d'abord résisté au marché tout l'été. Le gazole l'a franchi pour la première fois début septembre, et atteint désormais 2,332 €/L à la mi-septembre, soit plus de 8 centimes au-dessus du plafond.
- L'indemnité carburant grands rouleurs (travailleurs modestes), initialement fixée à 50 € puis relevée, reste accessible jusqu'au 30 septembre 2026 sur impots.gouv.fr, un délai déjà prolongé une fois face à la hausse. Des dispositifs sectoriels existent aussi pour les agriculteurs, les pêcheurs et les PME du BTP. Une reconduction pour 2027 est à l'étude côté gouvernemental.
- Rien n'est certain : la trajectoire dépend entièrement de l'évolution du conflit au Moyen-Orient. Une désescalade ramènerait les prix vers leurs niveaux de juin (SP95-E10 autour de 1,90-2,00 €/L). Une poursuite ou une aggravation des tensions maintiendrait, voire aggraverait, les niveaux actuels.