En bref : En six semaines, le gazole est passé de 1,899 à 2,210 €/L de moyenne nationale, soit +31,1 centimes (+16,4 %). Sur la même période, le SP95-E10 n’a pris que 10,6 centimes et l’E85 à peine 2,6. Ce n’est donc pas le pétrole qui flambe, c’est le gazole en particulier : la Russie a fermé le robinet de ses exportations de diesel, et l’Europe, déficitaire en raffinage, en importe plus de la moitié. Conséquence visible à la pompe : le 1er juillet, le gazole était 0,3 centime moins cher que le SP95-E10. Aujourd’hui il est 20,2 centimes plus cher.
Il y a un chiffre qui résume l’été 2026 pour les automobilistes diesel : 31 centimes. C’est ce que le litre de gazole a pris entre le 1er juillet et le 16 août, d’après nos relevés quotidiens sur 9 804 stations françaises.
Pour comparer, le SP95-E10 a pris 10,6 centimes sur la même période. Le GPL, lui, a baissé d’un centime. Quand un seul carburant s’envole pendant que les autres bougent à peine, ce n’est pas le baril qu’il faut regarder.
Mise à jour du 10 septembre 2026 : la hausse a continué
Depuis la publication de cet article, rien ne s’est détendu, et le mouvement s’est même élargi à l’essence. Au 9 septembre 2026, nos relevés donnent :
| Carburant | 16 août | 9 septembre | Variation |
|---|---|---|---|
| Gazole | 2,210 € | 2,293 € | +8,3 c |
| SP95-E10 | 2,008 € | 2,124 € | +11,6 c |
| SP98 | 2,093 € | 2,220 € | +12,7 c |
| E85 | 0,864 € | 0,879 € | +1,5 c |
| GPL | 1,051 € | 1,051 € | stable |
Sur les seuls sept derniers jours, le gazole a pris 6,6 centimes et le SP95-E10 5,5 centimes. Depuis le 1er juillet, la hausse du gazole atteint désormais près de 39 centimes par litre.
Deux éléments nouveaux expliquent cette accélération de rentrée. D’abord, le Brent a franchi les 100 dollars le baril le 9 septembre, pour la première fois depuis le 24 juillet, sur fond de reprise des échanges de tirs entre les États-Unis et l’Iran et de trafic quasiment interrompu pour les produits raffinés dans le détroit d’Ormuz. Ensuite, les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes de fin août ont encore réduit l’offre mondiale de produits raffinés, dans un marché où les stocks américains de distillats sont tombés à leur plus bas niveau depuis 1982.
Autrement dit, le diagnostic posé mi-août reste valable, en pire : ce n’est toujours pas un choc sur le brut seul, c’est un choc sur la capacité à le transformer en gazole. La différence, c’est que l’essence est désormais entraînée elle aussi, cette fois par le baril. Le détail du volet géopolitique est repris dans notre article sur le blocage du détroit d’Ormuz.
Six semaines de relevés, un renversement complet
Le plus parlant n’est pas la hausse elle-même, c’est l’écart entre le gazole et l’essence, qui s’est inversé sous nos yeux :
| Carburant | 1er juillet | 16 août | Variation |
|---|---|---|---|
| Gazole | 1,899 € | 2,210 € | +31,1 c (+16,4 %) |
| SP95-E10 | 1,902 € | 2,008 € | +10,6 c (+5,6 %) |
| SP98 | 2,000 € | 2,093 € | +9,3 c |
| E85 | 0,838 € | 0,864 € | +2,6 c |
| GPL | 1,061 € | 1,051 € | -1,0 c |
Le 1er juillet, les deux carburants étaient au même niveau, le gazole étant même 0,3 centime moins cher que le SP95-E10. Le 16 août, il est 20,2 centimes plus cher. L’écart s’est creusé presque sans interruption à partir du 10 juillet, et il ne s’est jamais refermé depuis. Le graphique en fin d’article montre les deux courbes qui divergent.
Pour un conducteur diesel qui fait 13 000 km par an, soit environ 780 litres, cette hausse représente près de 243 € sur l’année. Sur un seul plein de 50 litres, l’écart avec le début juillet atteint 15,55 €.
Pourquoi le gazole et pas l’essence
Quand le pétrole brut monte, tous les carburants montent ensemble, plus ou moins vite. Ce n’est pas ce qui se passe ici. L’essence a bougé trois fois moins que le gazole, ce qui écarte l’explication du seul baril et pointe vers un problème propre au marché du diesel.
Il y en a un, et il est massif. La Russie a interdit ses exportations de diesel en juillet 2026, avant de prolonger cette interdiction jusqu’en 2027 début août. La raison est intérieure : les frappes ukrainiennes répétées sur ses raffineries ont créé une pénurie sur son propre marché, et Moscou protège son approvisionnement domestique.
L’Europe ne s’approvisionnait déjà plus directement en diesel russe à cause des sanctions. Mais le marché du gazole est mondial : quand un exportateur de ce poids disparaît, tout le monde se reporte sur les mêmes cargaisons, et les prix montent partout. Or l’Europe a un problème de diesel structurel :
- Elle est déficitaire en capacité de raffinage de gazole et en importe plus de la moitié de sa consommation.
- Ses raffineries ferment depuis des années, sans être remplacées.
- Ses stocks étaient déjà bas avant l’été.
- Raffiner du gazole est plus complexe que produire de l’essence : cela demande plus d’hydrogène et plus d’énergie, et la production s’ajuste donc mal quand la tension monte.
Deux facteurs s’ajoutent, plus classiques : le Brent est repassé au-dessus de 84-85 USD sur fond d’escalade entre les États-Unis et l’Iran, et le niveau historiquement bas du Rhin renchérit la logistique dans tout le corridor rhénan, puisque les barges ne chargent plus qu’à 30 % de leur capacité. Ces deux éléments pèsent, mais ils ne suffisent pas à expliquer un écart de 20 centimes entre gazole et essence.
Une précision utile, parce que la confusion est fréquente : la convergence fiscale entre gazole et essence, programmée par la loi de finances jusqu’en 2030, est bien réelle, mais elle vaut 1 à 2 centimes par an. Elle n’explique quasiment rien des 31 centimes de cet été.
La parenthèse sous 2 € s’est refermée le 14 août
Un détail que seule la série quotidienne permet de voir. Début août, les prix ont reflué pendant une semaine : le SP95-E10 est repassé sous les 2 €/L du 7 au 13 août, avec un plancher à 1,978 € le 10 août. Plusieurs médias ont titré à ce moment-là sur une baisse des carburants.
C’était vrai ce jour-là. Ça ne l’est plus. Depuis le 12 août, la tendance s’est retournée, et le SP95-E10 est repassé au-dessus de 2 € le 14 août. Il est à 2,008 € ce 16 août. Le gazole, lui, est remonté de 2,176 € le 10 août à 2,210 € aujourd’hui.
Autrement dit, la fenêtre s’est refermée il y a deux jours. Si vous aviez repéré une baisse la semaine dernière et repoussé votre plein, elle est déjà passée.
Ce que ça change concrètement
Si vous roulez au diesel, l’arbitrage entre stations devient nettement plus rentable qu’avant. Quand le litre coûte 2,21 €, un écart de 10 centimes entre deux stations d’une même agglomération représente 5 € sur un plein de 50 litres. C’est le moment de comparer plutôt que de prendre la station habituelle par réflexe.
Si vous hésitez pour votre prochain achat, cet été change le calcul. L’avantage économique historique du diesel reposait sur un carburant moins cher et une consommation plus basse. Le premier terme a disparu, et durablement au vu de l’origine du choc. Notre comparatif diesel ou essence en 2026 reprend le raisonnement complet.
Si votre voiture essence est compatible, l’E85 n’a jamais été aussi avantageux : à 0,864 €/L contre 2,008 € pour le SP95-E10, il reste autour de 1,08 €/L une fois la surconsommation de 25 % prise en compte. C’est la moitié du prix. Notre article sur l’E85 et sa rentabilité réelle détaille le seuil à partir duquel la conversion s’amortit.
Dans tous les cas, les gestes qui font baisser la consommation valent mécaniquement plus cher qu’en juillet. Notre guide pour réduire sa facture de carburant liste ceux qui comptent vraiment.
Faut-il attendre une baisse ?
Honnêtement, rien ne l’annonce à court terme. L’interdiction russe court jusqu’en 2027, les stocks européens sont bas, et les capacités de raffinage ne se reconstruisent pas en un trimestre. À cela s’ajoute un facteur de calendrier : l’automne et l’hiver font traditionnellement monter la demande de distillats, gazole et fioul de chauffage étant issus de la même coupe de raffinage.
Ce qui pourrait détendre les prix : un apaisement au Moyen-Orient qui ferait refluer le brut, ou un retour d’offre importée depuis l’Asie ou le Golfe. Deux scénarios possibles, aucun acquis.
Pour la vision d’ensemble sur l’année, taxes et prévisions comprises, notre analyse des prix du carburant en 2026 reprend tous les mécanismes.
Article publié le 16 août 2026, mis à jour le 10 septembre 2026. Prix moyens nationaux calculés à partir de nos relevés quotidiens sur 9 805 stations, issus des données officielles de prix-carburants.gouv.fr, dernier relevé du 9 septembre 2026. Les moyennes nationales masquent des écarts importants d’une région et d’une station à l’autre.
Photo d’illustration : Markus Spiske, rawpixel, domaine public CC0 1.0, image recadrée.
- Gazole2.380 €/L
- SP952.198 €/L
- SP982.252 €/L
- E102.136 €/L
Questions fréquentes
- D'après nos relevés quotidiens sur 9 804 stations françaises, le prix moyen du gazole est passé de 1,899 €/L le 1er juillet 2026 à 2,210 €/L le 16 août, soit une hausse de 31,1 centimes par litre en six semaines, ou 16,4 %. Sur la même période, le SP95-E10 n'a pris que 10,6 centimes (+5,6 %) et l'E85 seulement 2,6 centimes. Le GPL, lui, a légèrement baissé.
- Parce qu'il ne s'agit pas d'un choc sur le pétrole brut, qui toucherait tous les carburants de la même façon, mais d'un choc sur le marché du gazole lui-même. La Russie a interdit ses exportations de diesel en juillet 2026, puis prolongé cette interdiction jusqu'en 2027, après les frappes ukrainiennes sur ses raffineries. Or l'Europe est structurellement déficitaire en capacité de raffinage de gazole et en importe plus de la moitié. Quand l'offre importée se resserre, le prix du gazole grimpe seul.
- Oui, et l'écart est spectaculaire. Le 1er juillet 2026, les deux carburants étaient au même niveau, le gazole étant même 0,3 centime moins cher que le SP95-E10. Le 16 août, il lui est supérieur de 20,2 centimes par litre. Ce renversement s'est fait en six semaines. La convergence fiscale entre gazole et essence, programmée par la loi de finances, existe bien mais ne représente que 1 à 2 centimes par an : elle n'explique donc qu'une part infime de cet écart.
- Pour un véhicule diesel consommant 6 L/100 km et parcourant 13 000 km par an, soit environ 780 litres, une hausse de 31,1 centimes par litre représente près de 243 € de surcoût annuel. Sur un simple plein de 50 litres, l'écart avec le 1er juillet atteint 15,55 €.
- Rien ne le garantit à court terme, et la rentrée a confirmé le contraire : au 9 septembre 2026, le gazole atteint 2,293 €/L, soit 8,3 centimes de plus qu'à la publication de cet article et près de 39 centimes de plus qu'au 1er juillet. L'interdiction d'exportation russe court jusqu'en 2027, les stocks européens sont bas, les stocks américains de distillats sont au plus bas depuis 1982 et le Brent a repassé les 100 dollars le baril le 9 septembre. Une détente supposerait soit un retour d'offre importée, soit un apaisement au Moyen-Orient. À l'inverse, l'automne et l'hiver augmentent traditionnellement la demande de distillats, ce qui joue plutôt contre une baisse rapide.