En bref : le gouvernement promet une baisse du gazole de 12 à 18 centimes par litre à partir du 1er novembre 2026, pendant trois mois. Pour y arriver, l’État vend aux distributeurs 10 millions de barils de ses stocks stratégiques, achetés bien moins cher avant la crise. Le gazole coûte aujourd’hui 2,358 €/L en moyenne : il pourrait revenir vers 2,18 à 2,24 €/L. Mais il s’agit d’une estimation. L’essence n’est pas concernée, et une nouvelle flambée du pétrole d’ici novembre réduirait le gain.
L’annonce a fait l’ouverture des journaux télévisés lundi soir. Dans une vidéo publiée le 12 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a assuré que le prix du gazole baisserait « jusqu’à 18 centimes par litre » à partir du 1er novembre, soit « environ dix euros d’économies à chaque plein en moyenne ». Le calendrier est désormais fixé. Reste à savoir ce que les automobilistes verront vraiment à la pompe.
Photo : Sebleouf, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Pompe à gazole d'un garage du quai Tilsitt (Lyon), avril 2021, image recadrée et redimensionnée.
Ce que le gouvernement a annoncé
La mesure a été présentée en deux temps. Le 7 octobre, le gouvernement a annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques français. Cette décision découle d’un accord du G7 conclu le 2 octobre, qui prévoit de libérer au total 100 millions de barils de produits pétroliers dans les pays membres.
Le 12 octobre, après une réunion avec les distributeurs à Matignon, le Premier ministre a précisé le calendrier :
- 28 octobre : premières ventes de gazole aux distributeurs ;
- 1er novembre : début de la baisse attendue à la pompe ;
- fin janvier 2027 : fin de l’opération, après trois mois.
Les volumes sont répartis entre les opérateurs selon leurs parts de marché de 2025. Pour les quelque 300 stations rurales les plus isolées, qui risquent d’être livrées plus tard, le gouvernement prévoit des avances de trésorerie et un fonds dédié.
Pourquoi le gazole des stocks est moins cher
La France doit conserver en permanence des réserves de pétrole et de carburants pour faire face à une pénurie. Ces stocks sont gérés par la Sagess (Société anonyme de gestion de stocks de sécurité). Jusqu’ici, ils servaient à éviter les ruptures d’approvisionnement, pas à faire baisser les prix. « Pour la première fois, nous les utilisons pour protéger leur pouvoir d’achat », a résumé le ministre de l’Économie, Roland Lescure.
Le calcul est simple. Selon Matignon, ce gazole a été acheté avant la guerre au Moyen-Orient, autour de 0,28 € le litre, alors que le même produit se négocie aujourd’hui environ 1,10 € le litre sur le marché de gros. Il sera cédé aux distributeurs à son prix d’achat, d’où la baisse attendue. Les stocks seront ensuite reconstitués progressivement, une fois la crise passée.
Les 10 millions de barils représentent environ 19 % du gazole consommé en France sur trois mois. Les distributeurs continueront donc d’acheter l’essentiel de leur gazole au prix du marché : c’est pour cela que la baisse se compte en centimes, et non en dizaines de centimes.
Combien vous allez payer en novembre
D’après notre relevé du 12 octobre, établi à partir des données officielles sur près de 9 800 stations, le gazole coûte en moyenne 2,358 €/L. Si la baisse annoncée arrive intégralement à la pompe et que le pétrole ne bouge pas, voici ce que cela donnerait :
| Scénario | Prix moyen du gazole | Plein de 50 L | Plein de 60 L |
|---|---|---|---|
| Aujourd’hui (12 octobre) | 2,358 €/L | 117,90 € | 141,48 € |
| Baisse de 12 centimes | 2,238 €/L | 111,90 € | 134,28 € |
| Baisse de 18 centimes | 2,178 €/L | 108,90 € | 130,68 € |
Prix moyen national, relevé mon-carburant.com. Projections à cours du pétrole constant.
L’économie va donc de 6 à 9 € sur un plein de 50 litres, et de 7 à 11 € sur un plein de 60 litres. Les « dix euros par plein » du gouvernement correspondent au haut de la fourchette. Sur trois mois, un conducteur qui fait un plein de 50 litres par semaine pourrait économiser entre 80 et 115 € environ.
Les distributeurs suivront-ils ?
Les premières réactions sont plutôt favorables, mais les engagements ne sont pas tous chiffrés :
- TotalEnergies annonce une baisse d’environ 10 centimes sur le gazole des particuliers. Ses stations plafonnent déjà le gazole à 2,25 €/L : selon son PDG Patrick Pouyanné, le prix y serait « autour de 2,15 » euros avec cet avantage.
- Mobilians, qui représente les stations traditionnelles indépendantes, assure que la baisse sera répercutée dès qu’elle sera disponible.
- Michel-Édouard Leclerc promet de vendre moins cher si les achats sont moins chers, sans donner de montant.
Le gouvernement promet aussi des garde-fous. La Sagess publiera chaque semaine les volumes livrés et leur effet sur les coûts. La baisse devra apparaître sur les factures à chaque étape et être affichée en station. « Nous contrôlerons chaque semaine que cette baisse arrive à la pompe », a prévenu Serge Papin, ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat. Si les distributeurs ne jouent pas le jeu, le gouvernement se dit prêt à encadrer leurs marges par décret.
Aujourd’hui, les écarts entre enseignes restent importants. Dans nos données du 12 octobre, le prix médian du gazole est de 2,250 €/L chez TotalEnergies, 2,339 €/L chez E.Leclerc, 2,349 €/L chez Intermarché et Super U, 2,375 €/L chez Carrefour et 2,401 €/L chez Esso.
Ce qui pourrait gâcher la baisse
L’annonce est solide sur le principe, mais trois points méritent d’être gardés en tête.
Le pétrole n’a pas dit son dernier mot. La baisse de 12 à 18 centimes est calculée à cours constant. Or le Brent tourne autour de 104 à 106 dollars le baril et reste très sensible à la situation dans le détroit d’Ormuz. De nouvelles attaques en mer Rouge l’ont fait remonter ce lundi 12 octobre. Si le baril grimpe encore d’ici novembre, une partie des centimes promis sera absorbée par la hausse du marché, et le prix affiché baissera moins que prévu.
La baisse ne sera pas identique partout. Le chiffre annoncé est une moyenne estimée par le gouvernement, pas un prix imposé. Chaque station fixe librement ses tarifs, et les livraisons peuvent prendre quelques jours de plus dans certaines zones.
Rien n’est prévu après janvier. Une fois les 10 millions de barils écoulés, les distributeurs retrouveront leur prix d’achat habituel. Sans détente sur le pétrole d’ici là, le gazole pourrait reprendre en février les centimes gagnés.
Et l’essence ?
La mesure ne concerne ni le SP95, ni le SP95-E10, ni le SP98. Le gouvernement a ciblé le gazole parce que c’est lui qui a le plus augmenté : il coûte aujourd’hui près de 19 centimes de plus que le SP95-E10 (2,170 €/L en moyenne), un écart inhabituel. Selon Matignon, le gazole non routier (GNR) utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs et le BTP, ainsi que le fioul domestique, bénéficieront aussi de l’opération.
Pour les conducteurs de voitures essence, les leviers restent les mêmes : le plafond TotalEnergies à 1,99 €/L, les opérations à prix coûtant de la grande distribution et la comparaison des stations.
Ce qu’il faut retenir
Le gouvernement s’engage sur une baisse du gazole de 12 à 18 centimes par litre dès le 1er novembre 2026, pour trois mois, grâce à la vente à prix coûtant de 10 millions de barils issus des stocks stratégiques. Cela devrait ramener le litre vers 2,18 à 2,24 € en moyenne, si le pétrole reste stable. En attendant, inutile de rouler sur la réserve : le gazole le moins cher se trouve déjà dans les stations plafonnées à 2,25 €/L ou dans les moins chères de votre secteur, à repérer sur notre comparateur de prix du gazole. Nous suivrons l’arrivée de la baisse à la pompe jour après jour sur notre page prix moyen des carburants en France.
- Gazole2.363 €/L
- SP952.228 €/L
- SP982.278 €/L
- E102.171 €/L
Questions fréquentes
- C'est l'engagement du gouvernement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 12 octobre une baisse de 12 à 18 centimes par litre à partir du 1er novembre, grâce à la vente de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques. Il s'agit d'une estimation : le prix final dépendra de chaque station et de l'évolution du pétrole d'ici là.
- Le 12 octobre, le gazole coûte en moyenne 2,358 €/L en France, d'après notre relevé établi à partir des données officielles. Avec une baisse de 12 à 18 centimes, il reviendrait vers 2,18 à 2,24 €/L, à condition que le cours du pétrole reste stable jusqu'en novembre.
- Non. La mesure concerne le gazole routier, ainsi que le gazole non routier (GNR) et le fioul domestique selon Matignon. Le SP95, le SP95-E10 et le SP98 ne sont pas concernés : leur prix continuera de suivre le marché.
- Trois mois, de novembre 2026 à fin janvier 2027, soit la période où la consommation de gazole est la plus forte. Rien n'est prévu après. Si le pétrole reste cher, le prix pourrait remonter d'autant à partir de février.
- Pas forcément. Attendre trois semaines avec un réservoir presque vide n'a pas de sens, et une hausse du Brent d'ici là peut effacer une partie du gain. Le plus efficace reste de choisir la station la moins chère de votre secteur. Les stations TotalEnergies plafonnent déjà le gazole à 2,25 €/L, environ 10 centimes sous la moyenne nationale.